Message d’un ex-soralien

Bonjour Jean Robin,

Je me permets de vous écrire à propos d’Alain Soral.
Ce n’est pas très original, j’en conviens.
Peut-être même que la simple évocation de ce nom provoque en vous un phénomène de saturation et de lassitude qui serait fort compréhensible.

Toutefois, je pense qu’il est important de cibler ce personnage dans le contexte actuel du débat d’idées (du moins ce qu’il en reste).
L’ampleur que revêt son mouvement « Égalité & Réconciliation » m’inquiète.

Il est vrai que je me rends régulièrement sur le site internet de ce groupuscule pour y consulter les vidéos en ligne et me forger ma propre opinion sur les questions qu’elles soulèvent.
On y trouve un répertoire assez copieux de liens tantôt intéressants tantôt caricaturaux au possible.
Mais ayant parfois la flemme, je l’avoue, d’entamer des recherches personnelles, je me sers de cette « base » comme j’irais en bibliothèque, afin de trouver des pistes de réflexion, de glaner des noms qui m’auraient échappé, etc…

Pour tout vous dire, j’ai connu une période « soralienne » il y a de cela quelques années. J’ai lu presque tous ses ouvrages (à l’exception du premier concernant la mode expliquée aux parents et son dernier en date « Comprendre l’Empire »).
Post-ado impressionnable (comme beaucoup de ses adorateurs actuels qui sont, hélas, de plus en plus jeunes donc de plus en plus perméables), j’appréciais beaucoup le ton « punchy » qu’il empruntait et la défiance « couillue » qu’il représentait vis-à-vis du système.
Et puis, il faut bien admettre qu’il a des talents oratoires assez remarquables en termes d’éloquence et de panache.

Sauf que… Au bout d’un moment, le courant n’est plus passé.
Pourtant, je dois ajouter à mon « CV » le fait que je fus également un fervent spectateur de Dieudonné, son ami, que j’ai vu 3 fois au théâtre (je me suis arrêté après « 1905 »).
Bref, si vous voulez, j’avais tout pour être conquis.

Mais là, ce n’est plus possible.

Je n’entrerai pas dans le détail de ce qui m’a détourné d’Alain Soral (au-delà de lui-même principalement).

En fait, il se trouve que je vous ai croisé par hasard sur internet.
Au départ, j’ai entendu parler de vous à propos du plagiaire Ardisson.
Ensuite, concernant votre livre sur la « judéomanie ».
Alors j’ai commencé à vous chercher un peu plus sur la toile et je suis tombé sur une série de vidéos très intéressante.

Jusqu’à celle-ci en particulier : celle où vous dénoncez la rudesse (pour ne pas dire plus) d’Alain Soral en privé.
Elle fait suite, si je ne m’abuse, à l’excellent concept d’interview que vous lui aviez proposé face au suisse Oskar Freysinger.

Et comment dire ?
Cela confirmait tout ce que je commençais à penser de Soral et qui m’en éloignait de plus en plus : un homme vindicatif, borné, méprisant, auto-glorifiant et, surtout, violent.

A ce sujet, il semble que des gens veuillent vous faire passer pour fou.
Le site Egalité & Réconciliation s’y employant avec ferveur.

N’ayant pourtant aucune preuve de ce que vous déclarez à propos de Soral, j’ai l’intime conviction que ce que vous dîtes est vrai.
Je l’ai longuement observé en vidéo, notamment lors de ses apparitions télé les plus notables (plateau de Taddei par exemple).
Vos déclarations collent parfaitement avec le profil du boxeur professionnel Alain Soral : coupe la parole de façon maladive, cherche à en imposer en bandant plus ou moins discrètement les muscles (face à Clémetine Autin sur France 3, ses trapèzes sont tellement crispés que son cou semble avoir disparu dans sa veste), pratique automatique de l’argument d’autorité, mise en avant d’une hyperphallo-suprématie (tout ce qui me contredit est soit une petite bite, soit une tapette…), etc.

Pour tout vous dire, je ne supporte plus son numéro de « saint gladiateur ».
Il y aurait beaucoup à dire, par ailleurs, sur ses opinions politiques et intellectuelles.
Mais dans l’immédiat, c’est la posture qui me révulse le plus.

J’ai consulté un grand nombre de vos entretiens ou confrontations.
J’ai pu constater que vous donniez la parole et la réplique à tout genre d’interlocuteur.
De Pierre Hillard à Goldnadel, je trouve que vous parvenez à établir un bon équilibre dans la diffusion d’opinions contradictoires et même ennemies.
Et je trouve cela beaucoup plus percutant que la fausse réconciliation prônée par Soral.

Bref, je ne m’adresse pas à vous pour déblatérer sur Alain Soral.
En réalité, ce qui m’inquiète, c’est la fascination qu’il exerce sur les jeunes.
Quand vous consultez les commentaires Youtube de bien des vidéos, il est effarant de voir à quel point ces jeunes répètent machinalement, comme des possédés, le catéchisme soralien.
Sans la moindre distance critique vis-à-vis de lui.
Tout en reprenant certaines expressions désormais cultes de Dieudonné comme la fameuse « quenelle ».
Si vous suivez bien les réactions de ces tribuns du web, vous verrez que le « glissage de quenelle » est devenu un loisir à temps plein.
Et c’est très soralien comme idée : il ne s’agit pas de développer des arguments viables, il s’agit de « queneller » l’interlocuteur.
A cette fin, on retrouve tout l’arsenal soralien : argument d’autorité, insultes mais aussi et surtout le fameux « vous n’êtes que des cafards aveugles, désolé si vous n’êtes pas assez intelligents pour comprendre ce que je vous dis ».
Soit exactement la posture soralienne du type tellement éclairé qu’il en éblouit trop l’assemblée impie…

C’est une philosophie élitiste déplorable.
De gens qui, comme les Francs-Maçons qu’ils condamnent aussi souvent qu’ils ont envie de pisser, prétendent être « porteurs de lumière ».
Et d’une lumière si forte qu’elle prend plaisir à écraser les non-prédisposés à sa réception (il faut vraiment voir avec quelle délectation et quelle jouissance les imitateurs du gourou Soral chient à la gueule de leurs contradicteurs – tout ceci sous l’approbation du gros chibre d’Alain qui voit en tout débatteur une femme à baiser).

Car c’est de cela qu’il s’agit, et c’est très grave : la lumière n’est pas à la portée de tout le monde.
Seuls les « élus » y ont droit.
Et vous avez là RIGOUREUSEMENT la même métaphysique que chez ceux qu’ils ont en horreur, telle qu’ils la décrivent et la dénoncent hypocritement : les fameux sionistes.

Du coup, vous en avez tous les symptômes : posture victimaire, communautarisme, etc.

Soral se répand à longueur de monologues princiers (vous avez remarqué qu’il parle toujours tout seul ?) sur youtube en disant que les antifa sont plus racistes que les racistes eux-mêmes.
Mais en matière de comportement, les anti-sionistes ne deviennent-ils pas plus victimaires que les sionistes eux-mêmes ?
Plus intolérants ?
Plus renfermés sur eux-mêmes ?
Et tout ça au nom de la réconciliation nationale ?

Alors pour reprendre une expression chère à Soral : il est temps de « dégonfler la baudruche ».
Car, oui, Soral est une baudruche. Musculeuse, il est vrai, mais gonflée à l’hélium tout de même.

Et croyez-moi, Jean Robin, rien n’est plus facile que de la crever.
Non pas avec les méthodes du lumineux savoyard.
Il suffit de reprendre ses multiples « allocutions » (il en fait tous les mois).

J’ai constaté que vous aviez entrepris cette démarche.
Et je la salue.
Mais pour être franc avec vous, je trouve vos angles d’attaque assez inefficaces.
Je prends pour exemple votre vidéo concernant les « méchants juifs » au cinéma.
Ce n’est pas avec ça qu’il est possible de dénoncer la mascarade Soral auprès de ses idolâtres.
Il y a, en revanche, de très nombreux points sur lesquels il est possible de le coincer.
Et de le coincer même terriblement.

Alors voilà : je ne suis rien du tout, à part un bonhomme parmi des millions d’autres sur la toile.
Mais je pense avoir de quoi décrédibiliser Soral.

Pour ne vous fournir qu’un seul exemple, et non des moindres : Soral compte sur la communauté catholique.
D’ailleurs, il a plusieurs fois dit dans ses monologues mensuels qu’il était catholique lui-même (mais pour les besoins de sa rhétorique, il déclare quand ça l’arrange ne plus l’être – « je ne suis pas un religieux »…).
Or, quand il dit que l’Ancien Testament, en gros, n’est qu’une saloperie raciste conçue par et pour « les marchands du temple », il commet une erreur théologique lamentable.
Car tout catholique qui a lu la Bible sait qu’Abraham est considéré comme le « père des croyants » (incluant ceux d’avant et après J-C) et que le message de Jésus vient « confirmer » (sic) les prophètes de l’AT.
Mais pour Soral, il est vital de faire passer l’AT comme étant une introduction du Talmud (ce qui est théologiquement faux de A à Z) afin de décrédibiliser le judaïsme en tant que religion, donc le juif en général.

Sur un terrain aussi explosif, il est possible de le ridiculiser dans ses propres contradictions et c’est autrement plus efficace que ce que Hollywood dit des juifs au cinéma.

Ou encore : Soral déplore constamment les actes d’intimidation à son encontre qui relève de la bassesse morale.
Or, il n’a jamais reculé dans le même registre lorsqu’il dit s’être tapé la femme de Guillon ou en montrant une séquence de film dans laquelle on voit Kinski baiser Dombasle.
Utilisant donc les méthodes dont il se plaint lui-même.
Vous avez évoqué cet aspect mais je pense qu’il y a moyen d’enfoncer le clou avec d’autres exemples.

Alors pourquoi cela m’anime tant ?
Et bien j’ai peur que de plus en plus de gens se laissent séduire par Soral (comme ce fut mon cas).
Sous couvert de « vérité », il trompe énormément de personnes qui cherchent sincèrement à s’informer.
Je ne dis pas surtout pas qu’il faut lui couper la parole, bien au contraire.
Mais il doit y avoir un débat (qu’il refuse, sans surprise).
Car plus le temps passe et plus Soral jouit du statut de « berger » au milieu des loups.
La contradiction doit aussi provenir de gens qui ne sont pas forcément inconditionnellement favorables au système.

En gros, Soral ne dit pas que des conneries, mais cela ne justifie pas qu’il puisse embarquer tant de monde sur sa pente masochiste.

Bref, je suis tout disposé à en discuter avec vous si vous en avez le temps.
Au pire, peut-être que je créerai ma propre chaîne sur youtube.

Mais pouvoir mettre en commun nos considérations et expériences peut s’avérer utile.

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7 Commentaires

Classé dans Ex-soraliens

7 réponses à “Message d’un ex-soralien

  1. Sa complotite aigüe devient, à la force, ridicule. Et il se complait avec des énergumènes totalement loufoques, comme Yahia Gouasmi, Livernette, San Giorgio, et j’en passe. Soral, c’est l’explication du monde pour les Nuls, en deux trois métaphores et quelques analogies pourries, il vous démontre, à l’arrache, que le tsunami qui a frappé le Japon est un complot sioniste !

  2. foucher

    pense ce que tu veux , c’est la dernier de mes soucis !

  3. Scarlett

    On a le sentiment que Soral fait peur à l’auteur de ce message, alors que chez moi c’est plus la pitié qu’il inspire.
    Ayant pour principe de ne jamais frapper un homme à terre je m’arrêterai là, mais je ne pense pas que l’énergumène soit réellement dangereux.

  4. Moi je trouve son analyse très intéressante. Soral est effectivement dangereux, car il a du succès, et qu’il glisse habilement des mensonges hautement toxiques au milieu de vérités réellement subversives.

  5. Je vais faire une petite conférence sur Alain Soral, jeudi 20 mars, au café repaire de Salon de Provence, pour démonter les thèses du Master of Logos.

  6. Garner

    La raison pour la quel il est dangereux est qu’il ce fait le prophète d’un nouveau nationalisme, si lui et son groupe ne sont pas dangereux à proprement parler, son discours peut pousser à apprécier d’autre discours et d’autre mouvement,

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